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Dans la Forêt de Brocéliande : Le Cri de l’Homme des Bois…

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    A ce que l'on raconte, ceux qui s'égarent dans des sentiers qui ne mènent nulle, entendent parfois un cri au travers des feuillages. Mais seuls ceux qui savent sont capables de comprendre les paroles qui se cachent au plus profond de ce cri. Ils savent en effet que c'est le Brai de Merlin, et que Merlin, prisonnier d'une tour d'air invisible, délivre à tous ceux qui le méritent un message de sagesse & de plénitude.           Jean Markale

Qui donc est ce Merlin qui a l'audace de s'introduire ainsi dans nos consciences ?

Personnage des célèbres "romans de la Table Ronde" devenu folklorique, "enchanteur" et devin popularisé par les contes & par les films, souvent dénaturé dans son essence, il est cependant l'image surgie de la nuit des temps et celui qui fait le lien entre le Ciel & la Terre, entre l'invisible et le visible, entre l'énergie divine et la mission créatrice de l'être humain.

C'est le Fou du Bois, celui qui vit dans la carrière sacrée, le nemeton celtique, à la fois l'homme & le démon (parce que le fils d'un diable et d'une pure jeune fille), doué des dons de prophéties et de thaumaturgie. Mais dans son apparente folie, dans son exil solitaire - qu'il a accepté par amour pour une femme, la fée Viviane -, il nous montre le chemin qui mène, à travers l'enchevêtrement des arbres, à la découverte des grands secrets de la nature naturante.

Merlin est en effet à la charnière de 2 mondes, le monde chrétien du haut Moyen Age et le monde dit " païen ", donc druidique dans ce cas particulier. Roi d'une tribu des Bretons du Nord de la Grande-Bretagne (exactement en basse Ecosse, dans la forêt de Kelyddon (Caledonia), entre Carlisle et Glasgow), il serait devenu fou au cours d'une bataille parce qu'il avait vu " le ciel lui tomber sur la tête ", et se serait réfugié dans la forêt, prophétisant à qui voulait l'entendre et parlant non seulement avec les animaux sauvages, mais avec les végétaux, les chênes, les bouleaux & les pommiers en particulier.

Merlin connaît donc le langage des oiseaux et celui des arbres, restituant ainsi les temps primitifs de l'Age d'Or, autrement dit l'Eden de la Génèse, quand les humains, les animaux & les végétaux vivaient en bonne intelligence et en toute compréhension.

Merlin, sous son aspect légendaire largement répercuté dans la littérature, est donc l'image parfaite du druide primordial, celui qui est dépositaire de la tradition primitive, oubliée - ou dispersée - depuis la fâcheuse aventure de la Tour de Babel.

Et que nous dit-il dans son cri, son " brai " ?

Les choses les plus simples. Mais la simplicité est plus difficile à faire admettre que la complexité qui nous entoure quotidiennement. Le " brai " de Merlin équivaut aux lamentations de Cassandre, que personne ne veut écouter et dont tout le monde se moque. Il nous dit que l'être humain fait partie d'une totalité, d'un univers infini, et que nous appartenions à une " fraternité universelle des êtres & des choses ".

De nombreux poèmes celtiques mettent en valeur ce passage de l'être par tous les stades de l'existence et donc de la conscience.

C'était la thèse soutenue et répandue par les druides, qu'ils fussent gaulois, bretons ou irlandais, eux qui refusaient de pratiquer leurs énigmatiques liturgies dans des temples bâtis (comment oser enfermer le divin, infini par essence, entre les murs nécessairement finis ?) et préféraient prononcer leurs incantations au milieu des forêts, en pleine nature, en contact direct avec les énergies divines qu'ils ressentaient dans le végétal.

La tradition celtique est remplie d'allusions à la puissance végétale, capable de déplacer des montagnes et de transformer des mondes, comme le dit si bien Chateaubriand dans ses délires d'adolescence. Le rituel de la cueillette du gui, relaté avec force détails par le latin Pline l'Ancien - et malheureusement on lit de travers en tronquant l'essentiel -, est un de ces chemins que Merlin s'efforce de nous indiquer dans la nuit qui nous aveugle.

Qu'en est-il en effet de cette cueillette du gui trop souvent vue à travers le miroir déformant des manuels scolaires les plus réducteurs ?

Dans toute l'Antiquité, le chêne a été le symbole de la puissance divine. Pline l'Ancien nous dit que des druides cueillaient le gui sur un chêne ou tout arbre considéré symboliquement comme un chêne. Cette précision est importante, puisque le gui se trouve surtout sur les pommiers & les peupliers, et seulement sur une rare variété de chênes.

Mais qu'importe, Pline ajoute qu'avec le gui ainsi recueilli dans des conditions spéciales, les druides élaboraient une "panacée", une sorte de "potion magique".

Le symbole est clair : le chêne est la divinité ; sa sève est le sang de Dieu ; le gui se nourrit de la sève du chêne donc, du sang de Dieu. Comment ne pas penser au mythe ultérieur du Saint Graal, ce vase d'Emeraude qui contient le sang du Christ, le Dieu incarné ?

Dans toutes les langues celtiques, le mot " vidu " qui signifie bois, végétal (d'où le breton-armoricain " koad " et le gallois " coed ") provient de la même racine que tous les mots qui expriment la connaissance.

Il semblerait que, dans la tradition celtique, toute connaissance - et donc toute puissance - soit liée au végétal. Et l'on sait que les druides officiaient au milieu des forêts, qu'ils enseignaient leur doctrine au milieu des forêts. Et Merlin est le "Fou du Bois", le rustre qui parle le langage des animaux & des végétaux.

La religion druidique, d'après ce que l'on sait, est une exaltation de la Nature. Mais il y a un corollaire : la Nature est un don de Dieu, à notre disposition, qui nous donne la puissance et parfois la gloire. Mais si la Nature est un don de Dieu, elle est respectable, vénérable, adorable.

Dans la clairière sacrée, le nemeton, s'établissent les échanges subtils entre le Ciel & la Terre. De cet échange naît toute vie. La Nature, dépositaire de la puissance divine, est sacrée. Ne pas le reconnaître serait un sacrilège.

Tel est le message ultime que nous délivre Merlin, le "Fou du Bois", dans la tour d'air invisible où, par amour, il s'est laissé enfermer par la fée Viviane, la mystérieuse Dame du Lac, image impérissable de la déesse des Commencements, celle qui était, celle sui sera.

Ecoutons donc, le soir, dans la Forêt de Brocéliande, qui est partout et nulle part, le "vrai Merlin". Et surtout, efforçons-nous de comprendre son message venu d'ailleurs. Il y va non seulement de notre survie, mais de notre vie…



28/12/2010
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